Je viens du Saguenay. Un territoire trop grand pour se taire. Ici, le silence pèse lourd, l’hiver s’étire, pis on comprend vite que tout finit par craquer. C’est là que j’ai appris que la beauté se cache pas dans ce qui brille, mais dans ce qui tient encore debout, même magané.

J’ai jamais cherché les cartes postales. J’ai cherché les fissures. Les endroits où le béton se souvient. Les lieux que le monde a cessé d’aimer, mais qui tiennent encore par pur entêtement.

J’ai marché dans des usines vidées de leurs machines, dans des mines refermées trop vite, dans des bars et restaurants où l’odeur de bière colle encore aux murs. J’ai traversé des cinémas fermés, des théâtres qui attendent un dernier rideau.

J’ai poussé les portes de écoles désertées, de hôpitaux oubliés, d’anciens asiles où le silence fait plus peur que les histoires. J’ai vu des hôtels vides, des motels sur le bord des routes, des maisons et manoirs qui tiennent encore juste par orgueil.

J’ai descendu dans des prisons, longé des postes de police abandonnés, marché sur des pistes d’aéroports où plus rien décolle. Des sites religieux figés dans le temps, des carrières éventrées, pis toute une gang d’autres endroits que personne sait trop comment nommer.

Sous le nom JMTUrbex, j’ai traversé plus de 1 500 lieux en quinze ans. Pas pour les consommer. Pas pour les cocher sur une liste. Mais pour les écouter. Chaque endroit m’a laissé quelque chose. Un malaise. Un calme. Une cicatrice invisible.

Fragmenta, c’est né de ça. Pas une marque. Pas un projet propre. Une accumulation de morceaux ramassés trop longtemps pour être ignorés. Des fragments de lieux, de routes, de nuits, de solitude.

Fragmenta, c’est pas fini. Ça sera jamais complet. C’est un monde assemblé fragment par fragment, là où la mémoire refuse de fermer sa gueule.